Prise d’otages à Djibouti en 1976 : le chauffeur du car scolaire raconte

Prise d’otages à Djibouti en 1976 : le chauffeur du car scolaire raconte

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Prise d’otages à Djibouti en 1976 : le chauffeur du car scolaire raconte

C’est un héros méconnu. Mais Jean-Michel Dupont a vécu l’enfer de la prise d’otages oubliée de Loyada*, 30 enfants de militaires français à Djibouti restés prisonniers pendant 36 heures des terroristes dans un car scolaire en 1976. S’il a échappé de peu à l’amputation de la jambe gauche et reste invalide, il n’a rien oublié.

Jean-Marc Ducos | | MAJ :

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A l'époque chauffeur du bus scolaire des enfants de militaires français à Djibouti, Jean-Michel Dupont raconte dans un livre la prise d'otages oubliée de Loyada en 1976. 
A l’époque chauffeur du bus scolaire des enfants de militaires français à Djibouti, Jean-Michel Dupont raconte dans un livre la prise d’otages oubliée de Loyada en 1976.

DR

C’était le 3 février 1976. Jean-Michel Dupont, jeune appelé du contingent, avait 19 ans et assurait le ramassage scolaire des enfants de militaires français sur les bases de Djibouti. Mais ce jour là, son car est pris d’assaut par une équipe de terroristes du Front de libération de la Côte des Somalis (FLCS).

Pour mettre fin à cette prise d’otages à Loyada, à la frontière avec la Somalie, le gouvernement français paniqué fait appel à une unité alors totalement inconnue : le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN). Ce sera leur premier fait d’armes. Ils neutraliseront les 8 ravisseurs en un tir simultané. Cette stratégie les fera entrer dans l’histoire.

Sportif accompli, passionné de basket, Jean-Michel Dupont qui se destinait à la mécanique devient chauffeur de bus dans l’Armée de l’Air, le temps de son service national. «Je faisais la tournée des bases de Djibouti pour conduire les enfants à l’école. Je prenais les plus jeunes», se souvient Jean-Michel Dupont, 59 ans, avant de détailler les faits de ce 3 février 1976.

Des terroristes armés à bord du Saviem

Comme d’habitude, il croise son ami au volant de l’autre bus, transportant, lui, les collégiens. «Et d’un seul coup je l’ai vu se reculer. Son visage avait changé», raconte Jean-Michel qui n’a pas deviné que les terroristes montaient à bord de son Saviem. «L’un d’eux m’a mis son arme dans le dos et m’a dit Avance. Alors j’ai roulé», continue l’ancien appelé qui redoute alors le pire au moment où il va croiser le premier poste militaire sur la route. «Les enfants étaient comme figés au début», se souvient t-il. L’un de ses ravisseur ouvre le feu contre un poste tenu par des légionnaires qui prennent en chasse le car.

«Je me demandais quand ils allaient m’abattre»

«Les terroristes m’ont dit de prendre la piste vers la frontière avec la Somalie. J’ai songé à un moment à coucher le bus, mais j’y ai renoncé ne sachant pas si les enfants allaient survivre à l’accident. Et je me suis arrêté à 200 m de la frontière à Loyada par plus de 35 degrés», relate celui qui deviendra par la suite conseiller d’éducation dans l’enseignement. Le bus stoppé, un gendarme vient aux nouvelles des exigences des preneurs d’otages. Jean-Michel rédige alors sur un bout de papier leurs exigences et la confie au plus jeune des écoliers à bord du car pour qu’il les apporte aux autorités. «Une pure folie mais il était le premier libéré», dit-il avec le recul. Le jeune appelé se prépare à une première nuit dans le car avec la trentaine enfants à qui il sert de nounou.

«Je ne pouvais pas abandonner les enfants»

«On nous a fait passer de l’eau et des rations, j’ai distribué les couvertures. Les enfants lisaient leur livre d’école et récitaient leurs leçons. Ils n’étaient pas si affolés car ils n’avaient pas conscience de ce qui se passait. Ils circulaient même à l’intérieur du bus», se remémore Jean-Michel Dupont. Lui était bien plus anxieux : «Je me demandais Quand allaient-il m’abattre ?»

Dans le car, la situation est surréaliste. Le jeune appelé a été rejoint par une assistante sociale qui fait la navette avec la base des légionnaires. «Le soir j’ai songé à fuir. Je n’avais que 50 m à faire. Mais je suis resté pour les enfants, je ne pouvais les abandonner», dit-il encore.

Deux enfants tués et lui handicapé à vie

Le lendemain, le 4 février, l’assistante sociale lui fait passer le mot que «quelque chose se prépare». Lui croit à un assaut héroïque des légionnaires face aux terroristes rejoints par des soldats somaliens. Alors qu’il est assoupi dans le bus en pleine après-midi, il est réveillé par un bruit sec. Celui d’une salve unique tirée dans les vitres. «Et j’ai vu mon gardien tomber, un trou entre les deux yeux. Ca sentait la poudre. J’ai demandé aux enfants de se coucher sous les sièges pour se mettre à l’abri mais la petite Nadine avait mal aux dents et s’est redressée pour venir vers moi…», témoigne Jean-Michel.

Une rafale du huitième terroriste, le seul à riposter, fauche la petite Nadine Durand. Une autre enfant Valérie Geissbuhler ne survivra pas à ses blessures. La rafale hache la jambe gauche de Jean-Michel qui part en lambeaux. Il passera 6 mois à l’hôpital et restera handicapé à vie. «J’ai surmonté l’épreuve. A l’époque il n’y avait pas de cellule psychologique. Mais le tir groupé du GIGN, c’était la seule issue pour nous sortir de là…», jure Jean-Michel Dupont. D

Depuis la parution du livre sur ces événements tragique, Jean-Michel a reçu des messages d’«anciens otages». «Je m’aperçois qu’ils ne m’ont pas oublié», constate-t-il avec satisfaction.

*«Les Enfants de Loyada» de Jean-Luc Riva aux éditions Nimrod. 21 €.

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