MOGADISCIO (AFP) - L'armée éthiopienne et
les insurgés ont engagé jeudi d'intenses
combats à l'arme lourde dans des quartiers
du nord de Mogadiscio, où les explosions ont
provoqué des incendies d'immeubles amenant
de nouveaux habitants terrifiés à fuir la
capitale somalienne.
Face au martyre d'une population prise
entre le feu des deux camps, le guvernement
éthiopien a cependant affirmé prendre "toutes
les précautions" pour protéger les civils
depuis le décenchement le 17 avril de
l'offensive en cours contre les insurgés,
groupe hétéroclite comprenant notamment des
miliciens islamistes.
Au matin, des colones de blindés
éthiopiens se sont déployées dans le nord de
la ville et ont pilonné comme les jours
précédents les positions des insurgés, dans
un vacarme d'explosions de mortiers et de
rafales de mitrailleuses, selon des
habitants.
"Ce matin, ce sont les combats les plus
violents. Ils utilisent tout ce qu'ils ont",
a raconté Salah Doli, habitant du quartier
de Jamhuriha, dans le nord: "des obus de
mortiers ont touché des magasins et des
immeubles, les détruisant ou provoquant des
incendies".
Dans le quartier de Twafiq, les
bombardements ont également détruit des
constructions, a expliqué un habitant, Ahmed
Suad: "j'ai fui ma maison ce matin (...)
J'ai vu plusieurs cadavres dans les rues".
Les combats ont également touché d'autres
quartiers du nord de la ville, Ex-Control,
Huriwa et Suuqahoola.
Selon un bilan très partiel établi par
des habitants, au moins six civils ont été
tués dans ces quartiers dans la matinée. "J'ai
vu les cadavres de trois personnes tuées par
des balles perdues à Tawfiq", a indiqué
Abdullahi Ali Mohamed, terré dans sa maison
du quartier. A Suuqahoola, trois autres
personnes sont mortes lorsque leur voiture a
été atteinte par un obus, a indiqué un autre
habiant, Idle Abdi. Depuis le 17 avril,
l'armée éthiopienne, qui soutient le
gouvernement somalien, mène une vaste
offensive dans la capitale pour déloger les
insurgés, qui harcelaient les forces
gouvernementales depuis le début de l'année.
Selon un bilan établi mercredi soir par
une ONG somalienne, ces combats ont fait au
moins 329 morts, en très grande majorité des
civils. Jeudi, Addis Abeba a assuré que
l'essentiel des victimes civiles et des
déplacements de population ont été causés
par "les bombardements indiscriminés et
hasardeux" des insurgés depuis début février.
"Les forces armées éthiopiennes ont toujours
essayé de distinguer les civils des
combattants et de répondre
proportionnellement aux attaques des groupes
armés qui ont lancé des attaques à partir de
zones peuplées de civils", selon un
communiqué du ministère éthiopien des
Affaires étrangères.
Fin mars, l'armée éthiopienne avait mené
une première offensive. Ces combats avait
fait plus d'un millier de morts, selon les
chefs traditionnels du clan Hawiye, dominant
dans la capitale. Depuis février, près d'un
tiers de la population de la capitale a fuit
la ville, selon l'ONU.
Mardi, le Premier ministre éthiopien
Meles Zenawi a qualifié de "succès"
l'offensive en cours, affirmant que l'armée
éthiopienne et les forces gouvernementales
somaliennes avaient "besoin d'une ou deux
semaines de plus pour nettoyer complètement
Mogadiscio des Shebab", les combattants
islamistes.
L'armée éthiopienne est intervenue en
Somalie en 2006 pour déloger les tribunaux
islamiques, qui avaient appelé à la guerre
sainte contre le régime d'Addis Abeba et
rejetaient l'autorité du gouvernement de
transition, mis en place en 2004 pour
stabiliser un pays en guerre civile depuis
1991.