NAIROBI, Kenya (AP) - Le gouvernement
de transition somalien exige d'inspecter toutes les
livraisons de vivres ou médicaments, compliquant leur
acheminement en dépit des appels urgents de la
communauté internationale, à l'heure où le pays connait
sa pire crise humanitaire depuis près de 20 ans, selon
des échanges de courrier dont l'Associated Press a eu
connaissance.Ces différentes missives ont été
fournies sous couvert de l'anonymat à l'AP par un
responsable humanitaire, qui souhaitait les rendre
publiques à la veille d'une réunion au Conseil de
sécurité de l'ONU.
"Aucune distribution de vivres ne doit avoir lieu où
que ce soit en
Somalie sans avoir été inspectée et approuvée par le
gouvernement" écrit, dans une lettre obtenue mardi, le
ministre de l'Intérieur Mohamed Mohamud Guled au
Programme alimentaire mondial (PAM).
La semaine dernière, ce même ministre expliquait,
suite aux plaintes de l'ONU déplorant de ce fait le
ralentissement de la distribution de l'assistance, qu'il
était "du devoir du gouvernement de superviser toute
l'aide humanitaire, pour des raisons de sécurité".
Reste que la toute jeune administration somalienne
n'a pas les moyens de mener des inspections efficaces de
volumes massifs d'aide. Selon des agences onusiennes et
des diplomates, plusieurs importantes cargaisons ont de
ce fait été refoulées, faute de feu vert gouvernemental.
Et ce alors que plus de 320.000 personnes ont fui
Mogadiscio depuis février et que des masses de réfugiés
s'entassent dans des camps, dans des conditions plus que
précaires.
Tant l'ONU que l'Union
européenne et Washington ont fait appel au président
somalien Abdullahi Yusuf et au Premier ministre Ali
Mohammed Gedi pour qu'ils cessent de compliquer une
tâche déjà difficile dans les conditions de violence et
de chaos que connaît la Somalie.
Les humanitaires sont pris entre deux feux, d'un côté
les pillages et les menaces des miliciens, de l'autre
les "obstacles administratifs" du gouvernement de
transition, déplore l'ambassadeur allemand au Kenya, au
nom de l'UE, dans une lettre datée du 20 avril. De son
côté, l'ambassadeur des
Etats-Unis
dénonce l'attitude "inacceptable" d'au moins un
gouverneur de région, qui a réclamé un droit de passage
pour un convoi humanitaire.AP